четверг, 21 мая 2020 г.

Guy Vallancien – L’Europe de la santé, chimère ou vrai projet ?

L’Europe de la santé ! Le rêve d’une politique sanitaire fédérative s’incarnera-t-il un jour ? La chancelière Merkel et le président Macron ont avancé quelques pistes d’actions communes, à considérer comme les prémices d’une intégration plus grande des systèmes de santé des pays qui désireraient bousculer les vieilles habitudes et chasses gardées nationales afin d’œuvrer ensemble à l’organisation de la prévention et des soins pour tous les Européens. Mais faut-il s’arrêter à la mutualisation de stocks communs de masques et de tests, à la mise en place de capacités communes pour les traitements et les vaccins, au lancement de plans de prévention partagés ? Nous devrons doter l’Europe de compétences beaucoup plus larges et très concrètes en matière de santé.

Lire aussi Coronavirus : accord Macron-Merkel sur un fonds de relance à 500 milliards d’euros

Certains domaines se prêtent parfaitement à un surcroît de régulation commune, mais force est de reconnaître que rien n’a été entrepris pour le moment au prétexte que la santé ne rentrait pas dans les prérogatives de l’Union européenne. Créer l’espace sanitaire dans lequel les maladies seraient combattues ensemble, les traumatismes réparés avec la même diligence, la prévention organisée en tous lieux et pour chacun, la qualité des soins fournis par les professionnels et la gestion des crises sanitaires assurée en dépassant nos égoïsmes, qui osera s’élever contre ?

Lire aussi Guy Vallancien – Santé : les 10 chantiers à lancer d’urgence

La formation des médecins, des pharmaciens, des infirmiers et des autres professionnels de santé doit impérativement être harmonisée tant dans ses programmes théoriques, dans ses stages pratiques internationaux pour les étudiants que dans la durée des études. Comment admettre les disparités que nous observons de pays à pays sauf à satisfaire les instances universitaires régionales et nationales jalouses de conserver leur pré carré. Commençons avec ceux qui veulent avancer ensemble sans attendre vingt-sept signatures.

Un GIGN européen de la santé

Le traitement des crises sanitaires appelle à la constitution d’un Groupe d’intervention et de gestion des nuisances sanitaires, un GIGN européen de la santé formé de 500 spécialistes des grandes épidémies, des accidents industriels et nucléaires, des intoxications alimentaires et autres drames qui franchissent les frontières. Ses membres, entraînés régulièrement et disponibles sur-le-champ, seraient immédiatement envoyés en première ligne pour analyser la situation afin de guider les responsables européens dans leur choix de la réponse la mieux adaptée aux dangers. Depuis la crise de la vache folle, celle des concombres espagnols taxés d’infection à colibacille due à une ferme bio allemande jusqu’à la pandémie actuelle en passant par le nuage de Tchernobyl, pas une année ne s’est écoulée sans au moins une alerte.

La pertinence et la qualité des soins offerts devraient être évaluées en temps réel à partir d’indicateurs médicaux objectifs et de données du vécu des patients analysées par eux-mêmes via des questionnaires régulièrement envoyés par e-mail.

Le poids des hôpitaux doit se réduire au profit de la médecine de proximité

Le rôle des infirmières en tant que professionnels de première ligne doit être massivement amplifié pour répondre aux demandes des patients. Le poids des hôpitaux doit se réduire au profit de la médecine de proximité qui représente 80 % des soins exercés par les soignants en partenariat étroit. Certains pays l’on fait avec succès depuis des années, que les autres, dont la France qui tarde, les imitent.

La recherche médicale ne peut plus se contenter des budgets nationaux. Nous devrons considérablement augmenter les moyens financiers alloués aux progrès médicaux dans une collaboration renforcée entre start-up, universités, organismes publics, privés et l’industrie. L’Europe traîne les pieds alors qu’elle possède tous les talents pour inonder le monde de ses innovations. L’affaire du vaccin de Sanofi vient caricaturer au bon moment notre incapacité à jouer collectivement sachant que l’économie de la santé est l’avenir.

Lire aussi Vaccin anti-Covid : la provocation utile de Sanofi

L’industrie tant des matériels que des médicaments devra repenser intégralement ses modes de production et de financement dans le sens d’une relocalisation et de stockage des produits ainsi que dans une harmonisation progressive de ses prix de vente entre pays européens à PIB similaires ou voisins. Il y va de notre indépendance d’accès aux soins. Pour conduire une telle politique, la création d’une agence européenne des produits de santé s’impose sans tarder.

Lire aussi Guy Vallancien – Industriels et médecins : stop à la suspicion de collusion

Aucune branche de l’économie de santé ne devra échapper à ce véritable New Deal sanitaire européen. Il y va de notre indépendance dont on a vu la fragilité. Debout l’Europe de la santé pour le bien-être de tous !

* Guy Vallancien est membre de l’Académie de médecine et président de Cham (Convention on Health Analysis and Management).

Source: lepoint.fr

Комментариев нет:

Отправить комментарий