четверг, 2 июля 2020 г.

Fraude aux examens en ligne : « Tout le monde le faisait ! »

C’était il y a une petite poignée de semaines et Marine* en rougit encore : « Ce n’est pas très glorieux. » Tous les matins et cinq jours durant, dans le domicile familial, cette étudiante parisienne en troisième année de Biologie et santé a pris place, à 9 heures pile, devant le bureau de sa chambre, pour passer ses examens à distance. Face à elle : l’ensemble de ses cours, deux ordinateurs – le sien, pour accéder aux épreuves en ligne, et celui de sa mère, ouvert sur Google – et surtout son smartphone, entièrement rechargé et connecté à deux conversations Messenger, l’une la reliant à un groupe restreint de trois amis, l’autre à l’ensemble de ses camarades de promo.

Comme la jeune femme, les étudiants sont nombreux, cette année, à avoir profité des examens à distance du second semestre pour faire fi du règlement. On peut légitimement estimer que leur nombre dépasse celui de l’année précédente. Mais il demeure impossible à chiffrer. Et pour cause, si Twitter recèle de témoignages dans lesquels les élèves se réjouissent publiquement d’avoir fraudé (« Avec ma team [équipe, NDLR] de triche pour les exams » ; « J’ai fort triché à mon exam » ; « J’ai développé des skills (compétences) de triche incroyables »…), les établissements se gardent bien de parler de ces écarts de conduite, face auxquels ils se retrouvent souvent démunis et ne prennent parfois pas la mesure – quand ils ne refusent pas de le faire.

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« Il y a toujours eu autour de la triche une lutte de perception, explique l’historien de l’éducation Claude Lelièvre, entre les chefs d’établissement, qui gagnent à minimiser le phénomène pour préserver leur réputation et ne sanctionnent en moyenne qu’un étudiant sur mille, et les étudiants, qui estiment déjà, en temps normal, qu’il y a triche dans un bon tiers des cas » (rapport de l’inspection générale de l’Éducation nationale, 2007). Et cette pléthore de témoignages, aussi risquée soit-elle – la fraude aux examens constituant un délit –, ne fait finalement écho qu’à une vision partagée de la triche, celle du « petit exploit de jeunesse, peu condamné par l’opinion et dont on aime à se vanter », sourit l’ancien professeur d’université.

« Même le général de Gaulle s’en flattait dans ses Mémoires », se souvient l’historien. Car la triche n’est pas née avec les examens en ligne post-confinement. « Il y a des fraudeurs depuis qu’il y a des examens ! rappelle-t-il. Il y a deux siècles existait déjà pour le bac une organisation et même une industrie de la triche, avec des "passeurs" (qui passaient les épreuves à la place du candidat) ou des "versionnaires" (qui échangeaient leur copie de version avant qu’elle ne soit relevée). »

Triche 2.0

Autre époque, autres outils. En 2020, la triche à distance prend la forme de recherches Google, de plongées débridées dans les chapitres de cours, de recours aux parents ou colocataires efficaces et compétents (l’équivalent, à peu de frais, des « passeurs ») et de multiconnexions aux messageries en ligne (Messenger, WhatsApp…). « Il y a la petite entraide entre copains et il y a les montages sophistiqués », distingue, amer et entre deux conseils de discipline, Pascal Brouaye, directeur de l’école d’ingénieurs Esilv (École supérieure d’ingénieurs Léonard-de-Vinci), où deux professeurs ont détecté une fraude impliquant près de six cents élèves de première et de deuxième année, via le réseau social Discord, sur lequel une trentaine d’entre eux ont posté leur copie avant la fin de l’épreuve.

Une fraude « collaborative », comme la définirait Lucas*, étudiant en deuxième année de pharmacie à Paris, à l’initiative de la création d’un groupe Messenger rassemblant une dizaine de « personnes de confiance ». Une « entraide », comme un moindre mal, qui par effet d’entraînement attire des étudiants peu familiers de la triche. « Tout le monde le faisait, alors si je ne le faisais pas, je me mettais des bâtons dans les roues, justifie Marine, l’étudiante en biologie, Mais je suis de nature stressée et ce n’était pas une partie de plaisir ! » Et pour cause, si les élèves agissent sous les écrans radars, leurs copies passent ensuite au tamis des logiciels de plagiat – dont chaque établissement est aujourd’hui muni. « Il est difficile de ne pas comparer ses réponses avec quelqu’un quand l’occasion nous est donnée, mais j’ai parfois paniqué car avec tous ces résultats, je doutais des miens et cela m’embrouillait ; surtout j’avais peur que ma copie ressemble à celle d’un copain », confie la jeune femme, sensibilisée, comme ses pairs, à la question.

Surveillance online

Mais comment maintenir dans ces conditions le principe d’équité et la garantie d’un diplôme qui ait une valeur ? « Pour ceux qui n’ont pas eu recours à ces procédés, ce n’est pas juste, admet avec gêne Guillaume Gellé, président de la commission formation de la conférence des Présidents d’université, mais les autres rencontreront vite des difficultés les années suivantes, cette réussite ne dure qu’un temps », veut croire celui qui est aussi président de l’université Reims-Champagne Ardenne. Car la très grande majorité des établissements du supérieur le savent : une large part de la triche s’est déroulée sur les messageries privées, auxquelles ils n’ont, par définition, pas accès. Et les professeurs – ils ont été nombreux – qui ont imposé à leurs étudiants d’ouvrir l’application de visioconférence Zoom durant la totalité de l’examen pour les surveiller et s’assurer qu’ils n’échangeaient avec personne ou ne consultaient pas leur téléphone ne l’ont pas pu davantage.

D’autres, à l’image de la prestigieuse école de commerce HEC, ont eu recours à une méthode plus sophistiquée, plus coûteuse aussi : la télésurveillance. Officiellement autorisés par le ministère de l’Enseignement supérieur, ces logiciels semblent tout droit venus du futur. Ils donnent accès à l’écran d’ordinateur de l’élève, activent sa webcam et – pour les versions les plus abouties – recourent à l’« eye-tracking » (une technologie permettant de suivre le regard du candidat). Considérée comme « n’apparaissant pas conforme au principe de proportionnalité » par la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés) et provoquant un tollé chez de nombreux étudiants, caractérisant la méthode d’« orwellienne », plusieurs universités, à l’image de Rennes-I ou de Paris-II Panthéon-Assas y ont renoncé.

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Des examens autrement

Il y a, enfin, ces établissements qui ont choisi une autre stratégie et qui, plutôt que de mettre en place des remparts contre la triche, ont repensé le contenu de leurs épreuves. Pas de copies classiques envoyées par photo ou déposées sur la plateforme de l’école, pas plus de QCM, même au temps limité et aux questions à l’ordre aléatoire. Mais des sujets d’analyse, plus critiques et impliquant, de fait, un travail personnel. Comme les a conçus l’école de commerce Skema : « Nous avons toujours eu des épreuves à livre ouvert et des études de cas dont on attend une analyse critique aboutie et personnelle. Cette année, nous les avons élargies à davantage de matières, explique Sophie Gay-Anger, directrice du programme Grande École de l’établissement. On n’est pas de l’autre côté du miroir, mais je pense que cela a limité les dégâts. »

Miser sur la compréhension plus que sur le « par-cœur », l’option anti-triche la plus efficace ? « C’est, en tout cas, la plus intelligente ! » s’enthousiasme le spécialiste de l’éducation Claude Lelièvre. « Cette situation aura été intéressante si elle ne se résume pas à une course à la fraude, mais pousse les établissements à imaginer des épreuves plus singulières, qui rompent avec la simple restitution », exprime-t-il. Cet ancien professeur à la Sorbonne qui autorisait ses étudiants à consulter leurs cours pendant les examens veut aussi croire que cette pratique pourrait se généraliser : « Ces conditions réelles – puisque nous avons dans la réalité accès à des tas de données – sont plus difficiles, il faut faire preuve d’intelligence dans ses choix, le hors-sujet est vite arrivé, il y a d’ailleurs eu moins de reçus quand j’ai instauré ces modalités », explique-t-il. « La mise en place de ces nouveaux examens serait plus compliquée, pour tout le monde, mais ce serait un gage de progrès pédagogique ! »

*Les prénoms des étudiants ont été modifiés.

Source: lepoint.fr

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